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mercredi 24 décembre 2008

Obama / Beethoven

Il se pourrait bien que tout se soit joué le 28 août dernier, à Denver, Barack Obama y faisait le discours de clôture de la convention démocrate. « Un chef d’œuvre, une symphonie », s’enthousiasmait aussitôt un commentateur sur CNN. Mieux encore, « une symphonie… de Beethoven», et là je cite l’auteur du blog eyesonobama.com, autant dire un supporter fervent. « Ce discours s’écoulait de mouvement en mouvement, parfois staccato, d’autre fois romantique, puissamment inspiré. »
Obama / Beethoven, même combat, donc. Ce ne sera pas la première ni la dernière fois que l’on récupère le compositeur, relire s’il en était besoin le passionnant essai d’Esteban Buch sur l’histoire politique de la Neuvième. Mais relire aussi, deux ou trois philosophes, et non des moindres. Roland Barthes : « Beethoven a été le premier homme libre de la musique. Où l’œuvre devient la trace d’un mouvement, d’un itinéraire, en appelle à l’idée de destin » - on ne saurait mieux dire, aussi, pour la chose et le destin politique.
Et puis encore, Herman Hesse : « Il est un musicien que je n’aime ni ne désire écouter tout le temps. C’est Beethoven. Il a ce savoir du bonheur, de la sagesse, de l’harmonie qu’on ne trouve pas sur les chemins aplanis, mais qui surgissent sur les sentiers qui bordent les abîmes, ce savoir qu’on ne cueille pas avec le sourire mais avec des larmes et épuisé de douleur. Beethoven, chez qui jaillit de la misère et de la déréliction un pressentiment du sens du monde, un savoir de la rédemption. »
Nietszche, enfin. « Beethoven est le produit hybride d’une vieille âme agonisante qui n’en finit pas de se briser, et d’une âme à venir et très jeune, et qui n’en finit pas d’arriver. Beethoven, le premier qui fit parler à la musique un langage nouveau, défendu jusque-là, le langage de la passion. »
(France Musique, 6 novembre 2008)