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jeudi 1 janvier 2009

"L'expression la plus sincère..."

1er janvier 1900. Lettre de Claude Debussy à son éditeur, Georges Hartmann. "Cher Monsieur, Veuillez trouver ici l’expression la plus sincère de mes vœux pour cette nouvelle année. (...) Si je n’avais pas eu peur de l’encombrement de ce jour, nous aurions été vous porter tout cela nous-mêmes. Mais je pense que vous devez avoir par-dessus la tête des manifestations adéquates, si toutefois j’ose employer ce vocable". Fermez les bans, voici des vœux promptement souhaités. S’il fallait tout de même les développer, allons voir ici et là dans la Correspondance de Debussy. Des vœux de bonheur, ou bien "du désir d’être heureux, écrit quelque part le compositeur, mais on ne l’est jamais que par comparaison, et en se limitant, les uns par un certain nombre de millions, les autres par un certain nombre d’enfants, en qui généralement ils se remettent du soin d’augmenter leur gloire. Et je ne sais pas, poursuit Debussy à l’adresse de son correspondant, si vous êtes comme moi un « maniaque du bonheur », c’est-à-dire : de vouloir l’être d’une certaine façon et en employant des moyens tout personnels, ce qui dans beaucoup de cas vous fait traiter ou de canaille ou de triste fou."

Quoi d’autre encore ? "Je vous avoue, écrit Debussy à Paul Dukas, que je ne pense plus, ou presque plus, musicalement, tout en étant profondément persuadé que la musique reste à jamais le plus beau moyen d’expression qui soit. Rien n’est moins émotionnant que la musique, surtout maintenant. Il serait même inutile que la musique fasse penser ! Il suffirait que la musique force les gens à écouter, malgré eux, malgré leurs petits tracas quotidiens et qu’ils soient incapables de formuler n’importe quoi ressemblant à une opinion. Il faudrait que les gens pensent avoir rêvé, un moment, d’un pays chimérique, et par conséquent… introuvable". Des vœux pour la nouvelle année ? "Continuer à vivre dans son rêve, écrit Debussy. Chercher sans lassitude l’Inexprimable, qui est l’Idéal de tout art".
(France Musique, 1er janvier 2009)

mercredi 24 décembre 2008

Songe musical

« Je veux écrire mon songe musical », disait Debussy en 1911. Eh bien ce Songe musical est aujourd’hui le titre d’un essai que Jean-Yves Tadié consacre au compositeur français, chez Gallimard. C’est un essai à l’image exacte de son auteur, brillant, formidablement érudit et léger, un plaisir de lecture sans partage, traversé de correspondances entre les époques et les arts, traversé aussi de mille et unes rencontres, s’il n’en était qu’une, Debussy et Proust, le génie souriant et le génie sombre. Debussy et les femmes, femmes du monde, grisettes et cocottes sans lesquelles le compositeur n’aurait rien été. Debussy comme une figure de style, "l’arabesque, l’expression musicale de la caresse amoureuse, de l’extase prolongée en rêverie. Quand ai-je écouté Debussy pour la première fois ? s’interroge Jean-Yves Tadié. Un 78 tours noir et rouge, la Cathédrale engloutie jouée par Gieseking, La fille aux cheveux de lin, transcrite pour le violon et interprétée par Heifetz. Plus tard, les concerts de l’Orchestre national, Inghelbrecht dirigeait, à sa manière vaporeuse, ouatée, impressionniste. Alors, s’il est difficile, écrit Tadié, de définir ce qu’est le style en littérature, a fortiori en musique, peut-être celui de Debussy culminerait-il dans la brièveté. La petite phrase de la sonate de Vinteuil, chez Debussy, on a beau l’attendre, elle ne reviendra pas. Vous avez aimé ce thème ? Trop tard ! Il ne sera pas repris. C’est à nous, à notre mémoire, de reconstituer ce qui n’est déjà plus là. Les fées sont d’exquises danseuses : cette danse des fées ne me surprenait pas. Sur la pelouse que dominait notre appartement d’Auteuil, ma mère m’avait expliqué que les cercles qu’on apercevait étaient la trace de la danse des fées." Debussy ou l’art de la concision. "Aux longs développements wagnériens j’ai toujours préféré les étranglements debussystes", conclut l’essayiste.. Vous connaissez le mot du poète : "la supression volontaire de toute contingence bavarde".
(France Musique, 20 novembre 2008)