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mercredi 31 décembre 2008

"Je hais la valse"

Demain, à 11 heures 15 pétantes, on ne change pas un rituel qui gagne et qui rapporte gros, on dit qu’il devrait y avoir environ un milliard de paires d’yeux pour regarder… et écouter, un peu aussi, sans doute, la grand-messe cathodique de musique classique de l’année, concert de Nouvel an à Vienne, cette année c’est Daniel Barenboim qui s’y colle. Bientôt Pierre Boulez, qui sait, sur un malentendu…
Indigestion de musique à trois temps en perspective... C'est Bruno Mantovani, l’un de nos plus brillants et jeunes compositeurs, qui déclare, sans ambages, dans les colonnes du Monde de la Musique : « Je hais la valse ». Précision : « Je hais la valse, la valse pure et dure, le genre « poum… pla pla / poum pla pla… » n’évoque rien pour moi. Je peux même dire que la valse viennoise typique me révulse. Elle évoque le concert du 1er janvier à Vienne qui est la plus réactionnaire des manifestations musicales ». CQFD
Notez qu’un certain Frédéric Chopin, en son temps, ne disait pas autre chose. En 1831, le compositeur est à Vienne, la valse est partout, dans les salles de bal, dans les concerts en plein air, Chopin en est… malade. « Ici, note le Polonais, les valses sont considérées comme des ŒUVRES, et l’on appelle chefs d’orchestre Strauss et Lanner qui jouent pour les faire danser. Je n’apprends rien de ce qui est par essence viennois, je ne sais danser convenablement aucune valse… cela suffit ! ». Petit addendum : « Si j’écris une valse un jour, j’annule tout ce que je viens de dire ». C’est signé Bruno Mantovani, Chopin n’eut pas dit mieux…

(France Musique, 31 décembre 2008) - Photo D.R.

lundi 29 décembre 2008

"La musique n'est pas séparée du monde"


Deux nouvelles du monde comme il va, en cette fin d’année 2008, deux nouvelles publiées le jour de Noël, elles vous auront peut-être échappé entre la tranche de foie gras et la bouchée de chapon farci. J’y reviens. La première, entendue sur les ondes d’une radio périphérique.
Après le clip d’entreprise, ou bien encore les journées de séminaire, voici une nouvelle trouvaille de management pour mobiliser ses troupes en temps de crise : l’hymne d’entreprise ! Ca se passe à New Dehli, en Inde, où une société a donc demandé à chacun de ses employés de trouver trois mots associés à l’établissement. Après quoi un compositeur s’est inspiré de ces termes pour écrire un hymne.
« Qui dira que les entreprises ne se mettent pas en quatre pour exhorter leurs employés » commentait l’un de nos zélés confrères, dont par pudeur je tairai le nom - je ne suis pas tout à fait sûr qu’il fallait entendre un quelconque second degré dans son propos.

« La musique peut engendrer la paix et la stabilité démocratique ». Propos tenu par Ahmad Sarmast à l’hebdomadaire Die Zeit, repris par le quotidien Le Monde, daté du jour de Noël. Ahmad est le fils d’un compositeur classique, et lui-même le premier docteur en musique de son pays, l’Afghanistan. Et Ahmad Sarmast a décidé de créer à Kaboul un conservatoire national et un orchestre philharmonique.
"Mais par où commencer quand tout fait défaut, à l’exception des élèves qui à terme, explique la journaliste du Monde, seront 300, dont au moins un tiers de filles et la moitié d’orphelins ?" Par quoi commencer… eh bien par le commencement, les instruments… 200 au total, que l’Association des marchands de musique d’Allemagne va faire parvenir dans la capitale afghane d’ici la fin du mois de janvier. Dans le futur conservatoire de Kaboul, on étudiera la musique classique, mais aussi le jazz, la pop et la musique traditionnelle afghane. « La musique n’est pas séparée du monde » notait Daniel Barenboim dans son dernier ouvrage. La musique éveille le temps, et un peu d’espoir d’où l’on pensait pourtant en attendre le moins…
(France Musique, 29 décembre 2008)