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lundi 29 décembre 2008

"La musique n'est pas séparée du monde"


Deux nouvelles du monde comme il va, en cette fin d’année 2008, deux nouvelles publiées le jour de Noël, elles vous auront peut-être échappé entre la tranche de foie gras et la bouchée de chapon farci. J’y reviens. La première, entendue sur les ondes d’une radio périphérique.
Après le clip d’entreprise, ou bien encore les journées de séminaire, voici une nouvelle trouvaille de management pour mobiliser ses troupes en temps de crise : l’hymne d’entreprise ! Ca se passe à New Dehli, en Inde, où une société a donc demandé à chacun de ses employés de trouver trois mots associés à l’établissement. Après quoi un compositeur s’est inspiré de ces termes pour écrire un hymne.
« Qui dira que les entreprises ne se mettent pas en quatre pour exhorter leurs employés » commentait l’un de nos zélés confrères, dont par pudeur je tairai le nom - je ne suis pas tout à fait sûr qu’il fallait entendre un quelconque second degré dans son propos.

« La musique peut engendrer la paix et la stabilité démocratique ». Propos tenu par Ahmad Sarmast à l’hebdomadaire Die Zeit, repris par le quotidien Le Monde, daté du jour de Noël. Ahmad est le fils d’un compositeur classique, et lui-même le premier docteur en musique de son pays, l’Afghanistan. Et Ahmad Sarmast a décidé de créer à Kaboul un conservatoire national et un orchestre philharmonique.
"Mais par où commencer quand tout fait défaut, à l’exception des élèves qui à terme, explique la journaliste du Monde, seront 300, dont au moins un tiers de filles et la moitié d’orphelins ?" Par quoi commencer… eh bien par le commencement, les instruments… 200 au total, que l’Association des marchands de musique d’Allemagne va faire parvenir dans la capitale afghane d’ici la fin du mois de janvier. Dans le futur conservatoire de Kaboul, on étudiera la musique classique, mais aussi le jazz, la pop et la musique traditionnelle afghane. « La musique n’est pas séparée du monde » notait Daniel Barenboim dans son dernier ouvrage. La musique éveille le temps, et un peu d’espoir d’où l’on pensait pourtant en attendre le moins…
(France Musique, 29 décembre 2008)

mercredi 24 décembre 2008

Les plus grands orchestres du monde (2)



Vous vous rappelez le top five, les cinq plus grandes phalanges de ce monde, classement établi au début de ce mois par le magazine britannique Gramophone. Allez, petite session de rattrapage, le Concertgebouw d’Amsterdam était tout en haut, sur la première marche du podium, Berlin, Vienne, le London Symphony et Chicago lui emboitaient le pas. Et pas un orchestre français dans ce top 5 - le contraire eut détonné - mais pas un orchestre français non plus parmi les 20 meilleurs, là où, pour ne prendre qu’un exemple frappant, le jeune orchestre du festival de Budapest s’installait en 9ème position, entre Dresde et Los Angeles, sacrée performance. Emmanuel Dupuy y revient, dans la toute fraîche livraison de Diapason. "Il serait tentant, note l’éditorialiste, de balayer d’un revers de main ce genre de palmarès. Toujours le même trio de tête, au-delà quelques ensembles dont la valeur n’est pas aussi incontestable qu’on veut bien le croire. Mais, ajoute Emmanuel Dupuy, casser le thermomètre n’a jamais empêché la fièvre. Nos orchestres, c’est un fait, souffrent d’un déficit d’estime, et cela ne date pas d’hier."
Première question, "s’est-on jamais donné les moyens de nous hisser parmi l’élite du concert des nations ? La réponse est non", estime le journaliste. "Affaire de moyens immobiliers tout d’abord, même si la Philharmonie tant attendue devrait enfin sortir de terre dans les prochaines années… Affaire de moyens humains, ensuite. Combien de fins de règnes achevées dans la discorde, voir l’exemple le plus récent, Christoph Eschenbach à l’Orchestre de Paris. Et que dire l’esprit de fronde, voire l’indiscipline de nos musiciens. Il y a belle lurette qu’un Abbado a renoncé à diriger un orchestre français. Il y a donc matière et urgence à réformer, les nuages accumulés sur notre paysage symphonique, conclut l’éditorialiste, ne sont pas une fatalité. Pour preuve, la vigueur, la vivacité de nos formations baroques." J’ajouterai que lorsque nos orchestres, mais les grands chefs qui devraient aller avec, au quotidien, font un pas les uns vers les autres, et travaillent, en bonne intelligence, il y a certaines soirées de concerts qui ne s’oublient pas. Celle qui s’annonce ce soir, Salonen (Photo D.R.) et le Philharmonique de Radio France, devrait en être une...

(France Musique, 19 décembre 2008)

Les plus grands orchestres du monde


« Le son d’un orchestre comme celui de Berlin est comparable à vos jardins anglais, confiait autrefois Karajan à Sir Simon Rattle. Vous le soignez, vous l’arrosez, vous le nettoyez, vous devez l’entretenir tous les jours. C’est un travail sans fin ». Entretien, à lire, dans la dernière livraison du Monde de la Musique, avec le patron actuel de la Philharmonie de Berlin. Simon Rattle, qui en profite d’ailleurs pour répondre à ceux qui le suspectaient, autrefois, et peut-être certains encore aujourd’hui, de vouloir brader l’héritage. « Evidemment, déclare Rattle, la tradition existe. Enfant, j’étais fasciné par l’art de Furtwangler, par sa manière de faire de la musique. Est-ce que cela a pour autant influencé ma façon de diriger ? Non… essayer d’imiter ne peut mener qu’à une sorte de postmodernisme ».


A l’aune de ses propos, on lira avec intérêt le classement publié ce mois-ci par nos confrères britanniques du magazine Gramophone. Les 20 plus grands orchestres du monde, jaugés et jugés par un panel de journalistes venus des quatre coins du monde. On a pris en compte les qualités musicales intrinsèques, mais aussi des critères tels que la place d’un orchestre dans la cité ou bien encore la capacité de maintenir son statut d’icône. C’est donc forcément subjectif, mais c’est assez passionnant. Et cela réserve aussi quelques surprises. Alors, évacuons tout de suite le sujet qui fâche, mais évidemment pas un orchestre français au palmarès. La Philharmonie tchèque ferme le ban, au 20ème rang, juste au-dessus d’elle les orchestres de Saito Kinen, du Met et de Leipzig, au 17ème rang, c’est assez loin. 9ème, et c’est une sorte d’exploit, le jeune orchestre du Festival de Budapest, qui n’a que 25 ans d’âge. Los Angeles est 8ème, Cleveland juste devant. L’Orchestre de la radio de Bavière est 6ème, et puis je vous livre donc le top five. Numéro 5, Chicago. 4ème, le LSO. Le Philharmonique de Vienne se classe 3ème avec des commentaires peu amènes à l’égard de certains choix artistiques, certains choix de chefs invités en particulier, Gergiev et Harding pour ne pas les nommer. 2ème plus grand orchestre du monde, selon Gramophone : Berlin. Alors aurez-vous deviné le 1er… C’est le Concertgebouw d’Amsterdam (photo D.R.). « Lorsque je suis arrivé, confie son chef Mariss Jansons, les journalistes me demandaient tous ce que je souhaitais changer. Rien pour l’instant, avais-je répondu. Et je veux juste que nous continuions, musiciens et chef, à apprendre ensemble ».

(France Musique, 26 novembre 2008)

"Intégration zéro"

Au pays de Barack Obama, l’orchestre reste bel et bien blanc. C’est Ivan Alexandre, qui a eu le nez creux, et qui signe son édito du mois dans la dernière livraison de Diapason. Cinq orchestres américains sont passés par Paris ces derniers mois. "Tous uniformément de la même couleur, blanche. Noyé dans les rangs du Chicago Symphony Orchestra, un trompettiste noir pour une quinzaine de musiciens d’origine asiatique. Situation analogue dans les pupitres de Boston et de Los Angeles. Enfin, début septembre, salle Pleyel, le New York Philharmonic se dispensait entièrement d’artistes noirs. Intégration zéro", note Ivan Alexandre. A quoi l’on ajoutera que le phénomène vaut tout autant pour l’Europe. Et à quoi l’on ajoutera aussi que nous y avons, nous autres, journalistes, une large part de responsabilité. Un exemple, s’il en était besoin. Il y a actuellement dans le Sud-Ouest de la France deux jeunes chefs de très grand talent, l’un est Ossète, Tugan Sokhiev, qui dirige le Capitole de Toulouse et bénéficie d’un état de grâce médiatique hors de pair. L’autre s’appelle Kwamé Ryan, il dirige l’Orchestre de Bordeaux, et je mets au défi quiconque de l’autre côté de son poste ce matin, avoir beaucoup entendu parler de lui ne serait-ce que sur notre chaîne. Devrions-nous faire mea culpa. Serait-ce que ce jeune homme est de couleur, et que ceci importerait davantage que ses qualités propres, excellent chef dans le répertoire comme dans la musique contemporaine. Je ne serais pas loin d’y mettre ma main à couper.

Quoi qu’il en soit, "l’uniforme pâleur de nos orchestres prépare-t-elle leur marginalisation, donc leur déclin ?" Question posée par Ivan Alexandre. Alors, soyons honnêtes, et complets. La couleur est une chose, mais l’on sait aussi depuis Bourdieu et ses disciples la discrimination… sociale, l’orchestre en est un exemple édifiant.

Et à rebours, voire la réussite fantastique du Sistema venezuelien et de sa figure de proue, le jeune Gustavo Dudamel. 27 ans à peine et bientôt à la tête du Philharmonique de Los Angeles. Sacré pied-de-nez, et brillant symbole d’avenir.

(France Musique, 7 novembre 2008)